mardi 29 septembre 2015

Les affiches de cinéma peintes du Ghana

Le Ghana est un pays d’Afrique occidentale, voisin de la Côte d’Ivoire, du Togo
et du Bénin. C’est une ancienne colonie anglaise. Le cinéma y a toujours
constitué une activité privilégiée, et lors de leur indépendance dans les années
’50 les Ghanéens ont hérité de salles magnifiques, notamment situées dans la
capitale Accra. Hélas elles périclitèrent les unes après les autres suite aux
difficultés rencontrées pour trouver des pièces de rechange destinées aux
projecteurs 35 mm.
Au début des années ’80, l’arrivée de la vidéo signa la mort des salles
“traditionnelles” et engendra un marché neuf. Une multitude d’échoppes se
créérent alors, louant des cassettes à d’improbables salles de quartier
improvisées équipées de bancs en bois, de chaises en plastique et de… télés.
Les catalogues des films proposés à la location comprenaient de nombreuses
productions hollywoodiennes de série B (horreur, fantastique, heroic fantasy,
science-fiction, action…), du kung fu asiatique et également des réalisations
locales tournées en video 8 mm.
Etant donné les faibles ressources économiques de ce circuit d’exploitation et
l’absence totale de matériel publicitaire, un certain nombre d’artistes locaux
commencèrent à peindre sur du carton ou des sacs de farine des affiches
destinées à accompagner les projections de ces films dans ces salles de
quartier.
Ne possédant parfois en tant que source d’inspiration qu’un seul document
photographique voire aucune référence par rapport à l’affiche du film à réaliser,
ces artisans engendrèrent une prodigieuse esthétique de la débrouille et du
détournement, peignant des œuvres uniques, destinées au départ à servir de
support publicitaire mais transformées en objets artistiques uniques.
Des stars hollywoodiennes célébrissimes, représentées à travers le prisme de la
culture africaine et la réinterprétation personnelle de ces artistes peintres, se
transforment en êtres étranges aux anatomies pleines de fantaisie.
Un jeu de miroirs cinématographique se crée alors entre les codes de
représentation occidentaux et une tradition picturale locale vivace depuis les
fresques rupestres de la préhistoire.
Par delà l’espace et le temps les peintres ghanéens rejoignent une autre
forme d’artisanat primitif destiné à annoncer un spectacle : les bannières des
sideshows (ou “cirques de l’étrange”) américains et ses freaks aux corps
singuliers.
Mais c’est à travers la réalisation d’affiches de films spécifiquement africains que
ces artistes donnent véritablement libre cours à leur imagination dans une
spectaculaire ambiance de magie vaudou qui nous renvoie aussi à nos plus
anciennes superstitions.
Le début des années ’90 vit l’éclosion, au Ghana et au Nigéria, de milliers de
films à petits budgets tournés en quelques jours en vidéo, avec une prédilection
pour les fictions d’horreur. Cette industrie, aujourd’hui dominée par de puissantes
sectes religieuses, est plus que jamais florissante.
Quant à l’âge d’or des affiches peintes, il se termina à la fin des années ’90,
lorsque les échoppes des vidéos-clubs furent éliminées par l’arrivée des lecteurs
de cds puis des antennes satellites.

Bibliographie

Extreme Canvas, Hand-Painted Movie Posters from Ghana, Ernie Wolfe III,
Dilettante Press, 2001

Holywoodoo, incredibles movie posters du Ghana, Pascal Saumade,
Le Dernier Cri, janvier 2003

Africa Screams, Africalia 03, Horror Movies and Movie Posters From Ghana and
Nigeria, De Markten, Brussels, 2003

Holywoodoo, affiches de cinéma du Ghana, Fanzinothèque de Poitiers,
janvier 2004

Mollusk #6, Ghana Movie Posters, Bongout GmbH, Berlin, january 2008








































































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