lundi 7 mars 2016

D’Elvis aux Sex Pistols

Depuis les années 30, il existe déjà aux Etats-Unis des affiches largement diffusées pour la country music et le rhythm’n’blues.
Ces affiches sont alors réalisées directement par des imprimeurs typographes, on ne parle pas encore de graphistes.
L’imprimerie Hatch Show Print de Nashville se spécialise dans les affiches de country, avec un style caractéristique à base de grandes lettres et de dessins gravés simples mais efficaces.
L’imprimerie Globe de Baltimore est renommée pour ses affiches très colorées de rhythm’n’blues qui attirent surtout le public afro-américain.
Les premières affiches de rock apparaissent au début des années 50, bien que le terme “rock’n’roll” soit déjà couramment utilisé depuis la fin des années 30.
Le style alors en vogue est qualifié de Boxing Style. Comme dans les affiches de boxe (et de catch), il s’agit de compositions typographiques très simples réalisées avec des grandes lettres gothiques, c’est-à-dire des caractères bâtons d’épaisseur égale et sans empattements.
C’est l’arrivée d’Elvis et son fulgurant succès qui popularisent le rock’n’roll auprès du public blanc. Le rock devient un des phénomènes culturels de masse les plus importants des années 50, avec l’avénement d’une culture (et d’un marché) destinés aux teenagers.
Les années 60 voient l’arrivée sur le marché américain de nouveaux groupes anglais, Beatles et Rolling Stones en tête, qui détrônent les rockers des origines.
Le style des affiches évolue, on passe progressivement d’affiches du type Boxing Style purement informatives (réalisées par des artisans imprimeurs anonymes) à des affiches plus artistiques, où ne figurent pas nécessairement les portraits dessinés ou photographiés des musiciens.
A la fin des années 60, le rock se situe au coeur d’une contestation sociale née aux USA et qui a gagné la plupart des pays occidentaux.
Les affiches rock de cette époque traduisent parfaitement cette remise en question de la société bourgeoise traditionnelle et de ses codes de représentation. La ville californienne de San Francisco (Mecque du mouvement hippie) et ses salles de concert se trouve à l’épicentre de ce courant. En particulier le Fillmore Auditorium et l’Avalon Ballroom, qui font imprimer des affiches pour les concerts de rock psychédélique qui s’y déroulent.
Des artistes tels que Rick Griffin et Victor Moscoso réalisent des affiches “organiques” qui ne donnent plus la priorité aux informations, souvent difficilement lisibles.
Il s’agit désormais de créer un “objet émotionnel” à base de courbes et de volutes, de laisser s’exprimer sans barrières un nouveau vocabulaire sensuel où les lettres et le dessin s’enchevêtrent inextricablement.
Cette accumulation désordonnée d’images, cette absence volontaire de rigueur formelle est destinée à reconstituer un état euphorique délirant, une sorte d’expérience cosmique provoquée par l’expansion de la conscience (et produite par le LSD, l’”acide”, drogue hallucinogène très prisée à cette époque).
Ces artistes revendiquent l’influence de l’Art Nouveau, courant esthétique qui puisait son inspiration dans le monde végétal.
A partir du milieu des années 70, le rock psychédélique s’essouffle et cède bientôt du terrain face à un nouveau mouvement contestataire : le punk.
Ce courant trouve sa véritable origine aux USA, dans la scène garage des années 60. Mais c’est en Angleterre qu’il explose en 1976. Grâce au manager Malcolm McLaren qui révolutionne la scène musicale à Londres en créant les Sex Pistols. Ces gamins intrépides, pourtant piètres musiciens, deviennent en quelques mois les catalyseurs de la colère d’une frange de la jeunesse de pays occidentaux ravagés par le déclin industriel et la première crise économique (Grande-Bretagne, France, Allemagne, Belgique, Pays-Bas, Italie…).
Le punk se définit comme l’image inversée du mouvement hippie. Il remporte l’adhésion d’étudiants d’écoles d’art, de loubards et de gamins des rues. “Hate and War” remplace “Peace and Love”.
Le mot d’ordre, “No Future”, implique une éthique de l’urgence et de la vitesse. Les chansons n’excèdent pas 2min30, par opposition aux compositions de rock psychédélique et de free jazz qui s’étalaient sur 20 minutes.
Incisif comme la musique qui l’accompagne, le graphisme punk prend le psychédélisme à contrepied. Il se veut aussi laid que les villes qui l’ont vu naître.
Finies les couleurs vives, on n’utilise quasiment que du noir. Finies les volutes tarabiscotées et les typos baroques. Le style, à base de collages, est aussi agressif que minimal. Finies les subtiles impressions en offset ou en sérigraphie. L’esthétique du DIY, Do It Yourself, prime. C’est le règne de la débrouille.
On utilise des ciseaux, des tubes de colle, des lettrages hâtivement rajoutés à la main ou découpés dans des magazines, des typos transfert Mecanorma ou Lettraset… et des photocopieuses. La photocopieuse Xerox représente alors un progrès technique important (et surtout abordable), même si ce mode de reproduction s’avère rudimentaire.
Le but est de provoquer, voire d’effrayer en exploitant des imageries controversées, taboues, idéologiquement ambigües. Les médias de masse utilisent d’ailleurs le mouvement punk pour engendrer une “panique morale”, destinée à conforter les valeurs de la classe dirigeante.
Après une existence aussi brève qu’agitée, les Sex Pistols se séparent en 1978.
La spontanéité des débuts cède alors la place à une mode stéréotypée, vite récupérée par les maisons de disques, la publicité et le prêt-à-porter.
Cependant, les graines de la contestation se répandent dans la plupart des autres pays industrialisés avec parfois plusieurs années de décalage.

Le nihilisme et le chaos du punk débouchent sur un autre courant, qui en conserve la radicalité et l’”anti-positivité” : la New Wave, plus sophistiquée, avec un graphisme géométrique épuré influencé par les années 20, 30 et 50. D’ailleurs un des groupes-phares de cette mouvance s’était baptisé Bauhaus.

Affiches country et rock'n'roll, style Boxing Style et Hatch Show Print









 Affiches Globe (Baltimore)















Affiches Fillmore

















Références de l'Art Nouveau
























Affiches punks














Affiches New Wave




Affiches New Wave belges



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